Vers le bois

citadelle

Escorté par les papillons, slaloms et pas chassés au cœur du bois, je me vois voltigeant de nénuphars en nénuphars, m’accrochant parfois aux branches du gros chêne qui borde le lac.

J’accélère comme les battements dans mon écorce, me hâte tel un enfant qui repère de l’autre côté du sentier une cabane juchée sur un vieil arbre blessé.

Un signe de la main aux péniches, je me sens dopé par les sourires que je croise tout au long du chemin de halage. Et je me concentre sur mon souffle sans savoir vraiment quel effort est capable d’endurer mon vieux corps.

J’oublie la souffrance que m’inflige le vent, lui qui semble pénétrer mes artères, et je le fuis jusqu’au refuge d’un muret sur lequel reposent des fleurs d’églantiers. Je tente aussi d’oublier le sablier malgré le ciel et la tension qui jaillit dans les muscles.

J’immortalise d’un regard l’horizon que la ville n’a pas encore étouffé. Je pense à mes enfants, à mes fantômes chantant et à l’amour, mon trésor le plus tentant.

Juste un peu d’eau glacée et j’embrasse la monotonie, belle et cynique alliée. Je m’engouffre dans la citadelle, exulte et file encore. La machine assouvit à merveille le désir de solitude et d’immensité. L’esprit lutte contre l’habitude et les distances qui se réduisent irrémédiablement. Il me faut changer de trajectoire pour mieux me perdre ou me retrouver.

Je traverse ainsi la lumière et l’ombre, enveloppé par l’odeur du soir en été, délivré des nécessités mais avec mes pensées qui se brouillent avec les âmes. Les souvenirs se réveillent, se succèdent, s’entrechoquent, le goût qu’ils laissent n’altère pas ma foulée.

Puis, quand tout se disloque dans ma tête, j’écoute avec attention le craquement du gravillon et des petites branches sous mes pieds, au moment même où une pluie fine semble libérer les endorphines en frôlant ma nuque. Le bonheur de se sentir être.

Sur la passerelle j’admire la danse prétendument synchronisée de mes congénères, soldats plus ou moins disciplinés et aux pas spasmodiques. L’harmonie glauque ne m’importune aucunement, j’y prends part avec joie même.

La grande mécanique qui s’exécute là a l’air d’occulter notre humanité. En réalité, je sais qu’elle est le berceau où nait notre créativité. Les idées ricochent dans le lac, les cœurs battent, les corps s’expriment.

Et moi je respire.

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Duel

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Ce titre m’a été inspiré par le film que Steven Spielberg a réalisé en 1971. Il s’agit d’un Road Movie mettant en scène une poursuite particulièrement absurde entre un commercial en informatique et un chauffeur poids lourd. Un film fascinant. Je vous le conseille.

J’ai passé quelques jours de repos pas tellement mérités du côté du Boulonnais, sa boutonnière, ses côtes, ses plages, ses dunes et ses routes départementales. De quoi bien me dégourdir les jambes. Pendant environ 10 jours, j’ai fait une sortie quotidienne de 20km et presque toujours sur le même parcours puisqu’il réunissait tout ce que j’attendais, des montées, des descentes, des longues lignes droites, de la route et du sable.

Des podcasts d’Histoire et de technologies, du Daniel Guichard, du Shabba Ranks et le bruit des camping-cars sillonnant les caps Blanc-Nez et Gris-Nez qui titillent si joliment l’Angleterre. Et la famille. Du plaisir.

Toutes les sorties se sont bien passées. Je suis même parfois descendu sous les 5mn/km en moyenne lorsque j’avais envie de me décarcasser.

Néanmoins, je ne peux passer sous silence une sortie qui m’a particulièrement contrarié.

Tout avait bien commencé, réveil tôt, chocapics, lait froid, temps doux. Chouette rythme dans la grosse montée qui mène de Wimereux à Boulogne et petite pause au sommet pour faire quelques photos.

Le temps d’avaler quelques gorgées de mon sirop de grenadine au petit trot et une mamie me double insolemment dans la descente. Je tente un croche-pied désespéré tout en refermant ma gourde. Je la rate malheureusement. Triste manque de réflexe.

Immédiatement, je me lance à sa poursuite. L’arthrose ne semble pas l’handicaper. Elle lâche les chevaux et là je comprends qu’elle sait que je suis derrière avec la ferme et noble intention de l’humilier.
La bougresse se permet même un saut de cabri au dessus d’une petite barrière que d’habitude je contourne par prudence.

Elle accélère à hauteur d‘une boutique qui me semble coupable de la barbe à papa rose-mauve qu‘elle a sur la tête. Un petit signe à Jean-Louis David et elle accélère encore. C’est sûr, elle sait que je sais qu’elle sait que je la pourchasse. Mais elle fait mine d’ignorer ma présence car jamais elle ne se retourne.

Sur la digue, je perds sa trace. Je repère habilement les bichons en liberté, même si elle court, Mamie doit être inconsciemment attirée. Il me semble apercevoir ses baskets TBS et son bronzage de femme qui a honteusement déserté la vie active depuis longtemps, la retraite à 50 ans sûrement.

C’est bientôt l’heure d’Amour, Gloire et Beauté, je n’arrive plus à la suivre. Sa foulée est dopée comme si elle écoutait le dernier album de Maurice Chevalier. Je tente de résister, je bouscule sans scrupule quelques minus qui apprennent à faire du vélo. Pour la bonne cause, j’ignore les jolies demoiselles qui s’essaient au roller, zigzague entre les mamies qui tiennent leur vrai rôle de mamie et font le piquet vers un horizon qu‘elles savent tous les jours un peu moins lointain.

Au loin, je vois Mamie qui s’arrête. Elle doit chercher son déambulateur ou son cardiologue. Je zieute ma montre et constate que je suis largement sur les bases de mon record personnel sur semi-marathon.

Parce que Oui, Mamie, moi, ça faisait déjà 10km que je courais quand tu m’as dépassé ! Et j’avais déjà couru 20km hier pendant que ton chirurgien t’injectait du botox. Et puis je n’ai pas dormi de la nuit parce que j’ai une famille, moi ! Des enfants qui ne font pas leurs nuits ! Toi, tu ne sais plus ce que c’est de s’occuper des enfants, VIEILLE PEAU ménopausée et méprisante ! A part les rincer avec un petit billet pour éviter qu’il s’en prennent aux bibelots qui squattent ton salon depuis les années où l’Inspecteur Derrick et la Petite Maison dans la Prairie étaient diffusés pour la première fois à la télé. Alors continue à t’enorgueillir, tu verras la raclée que je te mettrai au bridge quand je te rejoindrai au club des aînés, que tu seras aveugle et atteinte de démence sénile !

Je double enfin Mamie, je lève bien les jambes pour montrer que moi au moins je peux encore le faire, le regard fier, et je feins la sérénité comme je sais si bien le faire.

Alors qu’elle bien fait suer, Mamie.
Comme si j’avais besoin d’une leçon d’humilité…


Test adidas ZX 1000

zx1000
[Un test que j’ai initialement publié chez les copains de RunHappy France]
Au moment où Carl Lewis est devenu officiellement recordman du monde du 100m en 9,92’’ puisque Ben Johnson a avoué avoir eu recours à des stéroïdes, j’ai enfin décidé d’abandonner mes adidas Dragon modèle 1974 inusables pour adopter les nouvelles venues sur le marché de la chaussure de course : les adidas ZX 1000 commercialisées au prix de 480 francs.
Dotées du système Torsion (matérialisé par une barre jaune sous la semelle) qui promet de faciliter la rotation naturelle entre l’avant pied et le talon au contact du sol, les ZX 1000 doivent ainsi permettre une meilleure flexibilité tout en garantissant une bonne stabilité.
Si, directement après les avoir chaussées, elles surprennent par leur grand confort, on peut dire que les sensations en course valent vraiment le détour. On se sent littéralement propulsé. Elles paraissent quasiment increvables, même au bout de 1200km.
Je n’ai pas craint un problème d’affaissement de la voûte plantaire ni de problème de genou contrairement à ce que j’ai pu lire sur 3615 RUNNING. Pour ma part, je n’ai pas non plus observé de décollement de la barre de Torsion.
Les ZX 1000 présente également un avantage non négligeable qui est celui de pouvoir être portées à usage citadin grâce à leur design moderne et attrayant. Elles se portent très facilement avec votresurvêtement Challenger en peau de pêche préféré, notamment si vous ouvrez la fermeture éclair au niveau du talon d’Achille.
Néanmoins, je vous déconseille fortement de les porter lorsque vous faites de la bicyclette, surtout si vous vous servez de votre pied pour palier à un dysfonctionnement de vos freins. En effet, la gomme de la semelle risquera de s’user plus rapidement.
Autre petit point négatif, le petit morceau de caoutchouc jaune qui se trouve en bas des lacets, présente le défaut de se retourner trop facilement, ce qui peut nuire à votre sens de l’élégance.
Je donnerai donc la note de 8,5/10 aux Torsion ZX 1000, en attendant de tester prochainement un concept de bulles d’air sur la semelle que Nike a lancé récemment.

Charcuterie et Running

menisque

Amis de la poésie, j’ai une confidence à vous faire : il m’arrive de faire des infidélités aux chemins goudronnés et autres sentiers boueux pour d’autres activités sportives.

D’autres activités qui m’apportent ce que la course à pied ne m’apporte pas particulièrement.

J’ai par exemple pratiqué le tennis pendant une vingtaine d’années, sport accidentellement pratiqué par plusieurs membres de ma famille. Ça ne parle peut-être pas à tout le monde mais j’ai réussi à atteindre miraculeusement le niveau seconde série. Je pense que je devais être le tennisman seconde série le plus nul de France, je l’avoue volontiers. Bref, j’ai laissé tomber ce sport car il ne m’apportait plus de joie et les duels avec des adversaires qui voient toujours les balles du mauvais côté de la ligne m’ont définitivement achevé. La goutte d’eau a été joueur qui me traitait de tricheur (ça n’était pas du tout ma réputation) et qui, je l’ai appris après, venait de se faire opérer des yeux.

Je joue des petites parties de squash parfois avec les copains, en mode défouloir. Ça travaille l’aérobie. J’ai aussi essayé des sports plus exotiques comme le kung-fu.

J’ai adoré le kung-fu et j’espère m’y remettre un jour. J’ai participé à 3 combats amicaux dans un tournoi démo. La première fois, l’adversaire devait avoir mon niveau et on n’a fait que se regarder. Match nul. J’étais donc invaincu. Les autres fois, j’ai fini par terre, clé de bras, chute, étranglement et on ferme la boutique. Au revoir la compagnie.

Mais s’il y a un sport qui fait partie de mon patrimoine génétique et familial, c’est le football. Oui, l’odeur de la pommade chauffante, des chaussures mal lavées, la douche collective, les blagues racistes et les railleries des copains après le match font partie de ma culture (dans mon ancien club, on me surnommait Patxi, du nom d’un chanteur de la Star Ac’, vous voyez). On pourra me traiter de beauf mais, même si je ne cautionne pas grand-chose dans ce sport, j’ai un attachement naturel qui remonte à mon enfance et ce que mon père a pu me faire partager. C’est familial, comprenez-moi.

En octobre, j’ai eu un mauvais réflexe, celui d’aller tacler un adversaire dont le comportement m’importunait vraiment. Je l’ai « découpé » comme on dit dans le jargon. Il était par terre. Dans ma maladresse, je me suis fêlé une cote. « C’est de ta faute », lui aurais-je dit, selon un coéquipier. Je ne devais pas être très lucide. Mais en me relevant j’ai senti une douleur au genou. J’ai continué le match. Puis j’ai continué pendant 5 mois avec la douleur qui ne passait pas jusqu’à une IRM qui a révélé le truc suivant : fissure du ménisque (plus tendinite, début d’arthrose, etc.). En clair, j’ai joué au foot avec un ménisque fissuré.

Entre temps, malgré l’inquiétude, j’avais commencé la préparation au Marathon de la Route du Louvre (Lille-Lens). A l’approche de l’épreuve, j’ai eu un peu peur. Puis l’épreuve est arrivée, les copains y ont participé et ils m’ont vraiment donné envie. D’autant que je voulais profiter de ce type d’épreuve pour rendre hommage à ma mère, décédée un an plus tôt. J’ai repris le chemin de l’entraînement, j’ai accumulé les kilomètres et je me suis fait ma propre préparation en fonction d’un corps que je connais maintenant depuis plus de trois décennies. J’avais demandé à mon père de m’accompagner pour le symbole et on s’est rendu à Caen pour le Marathon de la Liberté.

J’ai vécu cette épreuve avec beaucoup d’émotion (c’était mon 2e marathon) et ça a renforcé mon amour pour la course à pied, les rencontres, la difficulté, le challenge, le soutien, la rigolade. Mais la réalité est là : mon genou est toujours en compote (il est fissuré un peu dans tous les sens), mon corps compense ailleurs (tendinite à l’autre genou) et j’ambitionne de reprendre le foot. D’autres défis m’attendent en course à pied.

J’ai donc rendez-vous avec le chirurgien. Je serai opéré quand je voudrai. Une arthroscopie, c’est une toute petite intervention qui me rendra indisponible pendant un mois. Autrement dit, deux semaines en langage Daddy The Beat !

J’ai quand même une légère appréhension, l’anesthésie, la douleur, etc. J’ai maté quelques vidéos sur Youtube et ça m’a coupé l’appétit ce midi. De toute façon, rien n’est urgent, j’ai encore envie d’en profiter et de courir pendant les vacances. J’ai bien couru 2000km depuis la blesssure et je ne peux pas dire que j’ai mal. Peut-être que je perds en performance et que j’hypothèque mes chances d’être sélectionné aux prochains J.O.

Bref, pensez à mon genou à l’heure de l’apéro.

Et entraînez-vous bien, vous. Parce que je n’ai pas fini d’enchaîner les kilomètres !

IRM

Super-héros

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Courir 5km par jour, c’est facile. Courir 10km aussi. Courir 20km par jour, pas tellement plus dur. Et plus ? Bof.

Pour moi, empiler les kilomètres n’est pas un problème. C’est vrai, c’est comme ça que j’ai appris à aimer la course à pied. Du temps, un peu d’eau, de la musique et je suis bien niché dans mon petit confort.

Tout le monde peut faire ça, il faut juste ne pas s’interdire de le faire, et le faire pour s’en convaincre.

Parfois c’est difficile de se réveiller, de repartir de chez soi, de lancer les premières foulées. Parfois les jambes font mal, les articulations aussi. Mais j’ai dépassé ces types de souffrance depuis belle lurette et si je faiblis, ça n’aura pas la moindre conséquence. Je peux m’arrêter, reprendre ou rentrer. C’est ma liberté.

Je connais 300 types de Runners. Et tous les jours ils m’impressionnent.

Il y a ceux qui sont capables de se lever aux aurores, en forme. Il y a ceux qui ont des facilités à tenir une hygiène de vie irréprochable et pour qui la course à pied les accompagne harmonieusement dans leur vie. Il y a également ceux qui s’occupent des enfants le matin tôt, les conduisent à l’école et partent courir juste avant d’entamer leur journée de travail. Il y a ceux qui se fixent des objectifs, planifient, théorisent et apprennent à mieux se connaître.

Il y a ceux qui ajustent leur lampe frontale et s’engagent dans les champs une fois la nuit tombée. Ceux qui débutent et préparent déjà leur premier marathon.

Il y a ceux qui déclinent et courent le 10km en 35mn au lieu de 33. Ceux qui ont le droit d’avoir le pied sur la ligne de départ. Ceux qui lèvent les genoux plus haut, bondissent, enchaînent le vélo et la natation. Ceux qui ont l’équipement idéal, qui ont le physique, la morphologie, le style. Ceux qui courent le marathon en même pas 3h.

Et il y a ceux qui ne ramènent pas leur fraise, courent pour accompagner un ami qui participe à sa première compétition, font demi-tour après avoir passé la ligne d’arrivée pour aider les autres à finir. Avec le sourire et les mots justes, ceux qui font chaud au cœur.

Je suis un peu mal à l’aise quand je raconte mes petites histoires sur ce blog ou quand je m’exprime sur Twitter. Du plaisir d’échanger sur des expériences pas ordinaires, je crains de passer pour une sorte de super-héros, un égocentrique qui se délecte de votre considération et risque fort de se noyer dans l’autosatisfaction.

J’espère faire preuve d’un peu d’autodérision et compte veiller à vous parler de ma nullité. J’espère aussi vous démontrer l’intérêt que je porte pour votre folie, vos performances, votre organisation et votre passion. D’une part parce que les quelques lecteurs que vous êtes faites surement partie de ceux qui m’impressionnent, et d’autre part parce que j’aime passionnément nos échanges.

On court ensemble quand vous voulez.

Top 15 des choses absurdes auxquelles je pense quand je cours

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Entre le Podcast des Grosses Têtes de Philippe Bouvard et « Sous le soleil des guinguettes », album de Jean-Jacques Debout qui vient de sortir, idéal pour stimuler à battre tous les temps de référence, je profite également de mes sorties sportives pour penser à ceux que j’aime et faire l’ours en bon solitaire que je suis, au fond.

Je m’étonne parfois de l’absurdité de ce qui me passe par l’esprit ; moments d’ennuis lors des sorties longues, excès d’endorphines, hochement intensif du grelot dans ma tête, voire pathologie plus inquiétante… E. analysera cela mieux que moi. Je tenais donc à vous faire partager les délires et questions existentielles qui me hantent quand je cours. Un Top, comme aurait pu l’écrire N.

15 – Combien de temps puis-je tenir avec ce caillou dans la chaussure ou sans me gratter ce mollet qui me démange ? Y penser me donne envie de me gratter la cheville d’ailleurs. Et sous le pied aussi, tiens.

14 – C’est clair, je me sens trop bien. En rentrant, c’est pizza, coca et chocolat. J’y ai droit.

13 – 15km que je cours, il me reste 8km à parcourir jusqu’à chez moi. Avec un peu de chance je croiserais un ravitaillement ou une fontaine qui n’existe pas.

12 – Il faut que je coure avec un peu plus d’élégance, que j’élance bien la jambe et que ma foulée soit plus bondissante. On ne sait jamais, je pourrais croiser un pote que je n’ai plus vu depuis 10 ans ou une ex-petite amie, qui sait ?

11 – La facilité avec laquelle j’avale ces kilomètres aujourd’hui m’incite à penser que j’aurais pu être professionnel, voire briller aux Jeux Olympiques si, plus jeune, je n’avais pas préféré les filles, la musique et les chips. Et si j’accélérais un peu, peut-être que j’aurais quand même un niveau international, non ?

10 – Est-ce que j’arriverais à courir jusqu’au virage, en fermant les yeux, sans tomber dans le lac ? Allez, j’essaie, ça mettra un peu de piment à mon Run.

9 – Est-ce qu’il y a sur Terre, un autre con comme moi en train de courir le long du canal à 22h45 alors qu’il pleut et que le soleil s’est couché depuis belle lurette ?

8 – Ok je suis en pleine forêt, ok je suis loin de chez moi, ok je suis seul. Et si j’attrape la diarrhée par exemple, oserais-je me soulager dans la nature ? Ça se fait ou pas ?

7 – Sympa cette fermette. Tiens, si j’en rachetais une et que je la retapais ? Et les oies, si on les gardait ? En les gavant, peut-on avoir du foie gras aussi bon que dans le sud-ouest ?

6 – Ah, une branche sur le sol là-bas. Il faut que je l’enjambe avec le pied droit. 3 pas entre chaque arbre aussi. Impérativement.

5 – J’ai du rythme aujourd’hui mais il faut que j’accélère encore un peu. On ne sait jamais, on pourrait tenter de me doubler…

4 – Alors il me reste 4mn pour boucler 2km. Pas injouable.

3 – Sympa ce megamix de Real 2 Real et Black Box. Bon, au refrain, je dois avoir dépassé cet arbre.

2 – Même si je suis dans le Nord Pas-de-Calais, je ne peux pas écarter complètement l’hypothèse d’un alligator qui surgirait du canal pour m’attaquer. Et au fait, c’est l’ouverture de la chasse aujourd’hui. Les chasseurs tirent-ils lorsqu’ils voient un bandeau fluo se déplacer ? Dans quel champ vaut-il mieux que je me cache si quelqu’un se met à ma poursuite ?

1 – Bon, si par exemple j’étais un tueur en série, quelle serait la cachette la plus sûre pour dissimuler le corps que j’aurais préalablement découpé ?

Je tiens à préciser qu’aucun hôpital psychiatrique n’a jugé bon de me garder plus de 48h et que je ne prends ni drogue ni alcool avant de partir courir. Et je suis sûr que vous aussi, vous avez des tocs ou des idées farfelues lorsque vous courez, n’est-ce pas ?

Le cross du collège : l’escroquerie

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Mon amour pour la course à pied est né au début des années 90, à l’époque où les New Kids On The Block nous imposaient des chemises bariolées douteuses mais indispensables si l’on voulait défendre une toute petite chance pour sortir avec Nathalie ou Sandrine, souvent étrangement plus sensibles au charme de Steeve qui, lui, avait l’avantage de posséder une 103 SP « kitée » avec un pot Ninja.

C’était donc à l’époque du collège que tout s’est joué. Le cross de l’école, rendez-vous annuel que tout le monde redoutait. Le moment où l’on assistait à une recrudescence de mecs plâtrés qui, en plus de pouvoir éviter la corvée de courir, gagnaient le droit de consoler leur indisponibilité opportune et passagère avec la dédicace des copains sur le pied.

Une épreuve où j’avais l’habitude de faire de la figuration sauf à une occasion où j’avais miraculeusement accroché le Top 10.

Mais un jour, j’ai eu une révélation : me laisser embobiner par un mec considéré comme étant cool aux yeux des filles. Lui, qui avait moins une âme de Runner que celle d’expérimenter toutes les pitreries possibles, n’avait pas l’intention de parcourir les deux boucles initialement prévues.

Le cross se courait dans le quartier où lui et moi avions grandi, si bien qu’il nous a été très facile de nous planquer dans un petit bois, en attendant que les copains entament leur deuxième tour. Nous avons ensuite repéré les concurrents qui étaient en tête avec leurs beaux équipements, leurs gourdes qui font flop-flop, et nous les avons suivis comme si de rien n’était, en fin de course.

L’effervescence nous a tellement portés que nous n’avons pas su réprimer l’envie de doubler les honnêtes coureurs et de nous offrir une dernière ligne droite sous l’acclamation de la foule. Dans le feu de l’action, j’ai quand même perçu une voix venue de je-ne-sais-où doutant que nous étions passés à la fin de la première boucle.

Mais c’était fait, mon comparse et moi avons même eu le toupet de nous prendre par le bras pour assurer une arrivée ex-aequo. « Une arrivée solidaire » titrait le quotidien du lendemain dans un article avec photo, s’il vous plait.

La suite a été plus compliquée, les réclamations se sont multipliées, nous avons été déclassés puisque nous n’avons pas nié (je ne me souviens pas avoir avoué).

J’avais mérité « l’avertissement conduite » sanctionnant la supercherie, d’autant qu’elle succédait à un devoir surveillé de biologie dans lequel j’avais parlé du club de foot de Gênes pour définir le mot « gène ». J’avais même eu quelques problèmes avec la prof de sports à qui je soutenais mordicus que je ne pouvais pas aller à la piscine car j’étais indisposé.

Il s’agit là de mon premier grand souvenir de coureur et je dois dire que j’y pense parfois à l’entraînement. J’avoue même avoir essayé d’imaginer par quels moyens il me serait possible de tricher pour gagner du temps lors d’une compétition de 10km ou un semi-marathon.

Ce que je ne dirai pas, c’est si oui ou non j’ai retenté… 😉