Semi-marathon de Lille : j’ai pas gagné

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Illusion d’accessibilité à la course longue distance où finalement on peut se retrouver à courir en étant dans le rouge du début à la fin, le semi-marathon m’enthousiasme comme les mains du kinésithérapeute prêtes à compresser un muscle meurtri.

Pourtant je n’ai pas résisté et je me suis inscrit pour la deuxième fois au semi-marathon de Lille qui donne le départ de la grande braderie chère au 13h de Jean-Pierre Pernaut qui nous présente toujours le même monticule de coquilles de mollusques devant le même restaurant…

Pas d’objectif particulier, si ce n’est essayer de tenir pourquoi pas une allure de 4’45’’/km sans avoir pris la peine de calculer ce que cela signifiait au chrono final. J’avais chaussé mes Kalenji Kiprun Comp, shoes légères (205g), nerveuses, dotées d’un amorti suffisant au niveau du talon et relativement bon marché (80 euros).

Après avoir salué quelques connaissances ou visages familiers croisés dans d’autres courses, j’ai d’abord essayé de me faufiler parmi mes copains Kenyans et Éthiopiens sur la ligne de départ. Étrangement, la sécurité a jugé que je n’avais pas la dégaine pour être un des leurs. J’écrirai à l’organisation pour dénoncer cette discrimination. Puis, j’ai repéré l’ami Samuel, parfois partenaire d’entraînement, posté juste devant @Running_Stef que je rencontrais par hasard pour la première fois alors qu’on échange régulièrement sur Twitter. Je lui ai d’ailleurs proposé d’être mon lièvre mais nous ne nous sommes pas entendus sur la contrepartie financière.

Qu’importe, les hostilités enfin lancées, il fallait se frayer un chemin parmi les coureurs très lents qui prennent toujours un malin plaisir à se positionner devant les athlètes de mon espèce. J’ai mis du rythme, histoire de ne pas trop me fatiguer à piétiner. 4’43’’ le premier kilomètre, 3’59’’ le deuxième (WTF), j’ai trouvé une allure qui me convenait entre le 3e et le 4e kilomètre (4’17’’ environ). J’ambitionnais de tenir sur cette moyenne jusqu’à la mi-course pour contrôler une descente progressive jusqu’à 4’45’’.

Étant donné que je continuais à dépasser des coureurs et que les jambes avaient décidé de coopérer, j’ai maintenu l’allure kilomètre après kilomètre, en prenant soin d’accélérer après les ravitaillements que je passais au ralenti pour bien m’hydrater. J’ai commencé à décompter le temps vers le KM16 et j’aspirais à entrer vers la citadelle, décor moins monotone que les boulevards de la Liberté et Vauban ou rues d’Isly et de La Bassée.

J’ai réalisé que le parcours devenait plus agréable au moment où les jambes commençaient à coincer et le mental à décliner. Les allées situées au-delà des remparts, semblaient moins roulantes qu’à l’entraînement. Justement, malgré la prime promise, les vainqueurs n’ont pas battu le record de l’épreuve. De mon côté, je maintenais encore 4’18’/km.

Le bout de la rue Nationale atteint, je glisse à moitié aux abords de la Grand Place et entame la dernière ligne droite rue de Paris sans sprinter, sans doubler ni être doublé.

1h31mn et des brouettes : je suis satisfait, n’ayant pas trop de repère sur la distance.

Les points d’intérêt du parcours sont trop rares, selon le sens dans lequel on court, on ne les voit même pas (les Beaux-Arts par exemple). Les spectateurs sont semblables à des bovins qui observent les trains passer à la campagne, voire se montrent hostiles lorsqu’ils ont envie de traverser la voie pour rejoindre une artère de la ville bondée de gens venus profiter des soldes ou manger des kebabs.

Côté animation, on remerciera l’orchestre au niveau de Cormontaigne. Et c’est tout… Finalement, le moment le plus convivial sera les quelques échanges avec les copains dans la zone de ravito post-arrivée. Pour le reste, on a gagné le droit de rentrer avec un t-shirt tout juste digne d’être porté sous une polaire d’entraînement en plein hiver, puis pour ma part de me farcir 45mn de file interminable pour rejoindre l’Opéra où était donné le départ du Baby Marathon auquel participait Junior The Beat. Mais ça, je vous le raconterai plus tard…

Enfin, un petit tour sur une terrasse pour saluer (trop) rapidement une bande de Twittos bien folklos parmi lesquels ClemRunning, Bernard, Jo’Run, Matt , Carole ou l’incroyable et délicieuse Running Sucks et son Boy.

Maintenant, on consulte le calendrier pour savoir sur quelle course s’aligner le week-end prochain et… décrassage !

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Le cross du collège : l’escroquerie

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Mon amour pour la course à pied est né au début des années 90, à l’époque où les New Kids On The Block nous imposaient des chemises bariolées douteuses mais indispensables si l’on voulait défendre une toute petite chance pour sortir avec Nathalie ou Sandrine, souvent étrangement plus sensibles au charme de Steeve qui, lui, avait l’avantage de posséder une 103 SP « kitée » avec un pot Ninja.

C’était donc à l’époque du collège que tout s’est joué. Le cross de l’école, rendez-vous annuel que tout le monde redoutait. Le moment où l’on assistait à une recrudescence de mecs plâtrés qui, en plus de pouvoir éviter la corvée de courir, gagnaient le droit de consoler leur indisponibilité opportune et passagère avec la dédicace des copains sur le pied.

Une épreuve où j’avais l’habitude de faire de la figuration sauf à une occasion où j’avais miraculeusement accroché le Top 10.

Mais un jour, j’ai eu une révélation : me laisser embobiner par un mec considéré comme étant cool aux yeux des filles. Lui, qui avait moins une âme de Runner que celle d’expérimenter toutes les pitreries possibles, n’avait pas l’intention de parcourir les deux boucles initialement prévues.

Le cross se courait dans le quartier où lui et moi avions grandi, si bien qu’il nous a été très facile de nous planquer dans un petit bois, en attendant que les copains entament leur deuxième tour. Nous avons ensuite repéré les concurrents qui étaient en tête avec leurs beaux équipements, leurs gourdes qui font flop-flop, et nous les avons suivis comme si de rien n’était, en fin de course.

L’effervescence nous a tellement portés que nous n’avons pas su réprimer l’envie de doubler les honnêtes coureurs et de nous offrir une dernière ligne droite sous l’acclamation de la foule. Dans le feu de l’action, j’ai quand même perçu une voix venue de je-ne-sais-où doutant que nous étions passés à la fin de la première boucle.

Mais c’était fait, mon comparse et moi avons même eu le toupet de nous prendre par le bras pour assurer une arrivée ex-aequo. « Une arrivée solidaire » titrait le quotidien du lendemain dans un article avec photo, s’il vous plait.

La suite a été plus compliquée, les réclamations se sont multipliées, nous avons été déclassés puisque nous n’avons pas nié (je ne me souviens pas avoir avoué).

J’avais mérité « l’avertissement conduite » sanctionnant la supercherie, d’autant qu’elle succédait à un devoir surveillé de biologie dans lequel j’avais parlé du club de foot de Gênes pour définir le mot « gène ». J’avais même eu quelques problèmes avec la prof de sports à qui je soutenais mordicus que je ne pouvais pas aller à la piscine car j’étais indisposé.

Il s’agit là de mon premier grand souvenir de coureur et je dois dire que j’y pense parfois à l’entraînement. J’avoue même avoir essayé d’imaginer par quels moyens il me serait possible de tricher pour gagner du temps lors d’une compétition de 10km ou un semi-marathon.

Ce que je ne dirai pas, c’est si oui ou non j’ai retenté… 😉

Les enfants

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De toutes les animations de course, ce que je préfère ce n’est pas le groupe de métal qui, entre son rêve de faire l’amour à Lucifer et boire le sang de Jésus Christ, lâche de sincères et généreux « Bon courage, Messieurs, Dames ! ».

Pas plus l’orchestre d’harmonie de Tataouine qui s’essouffle plus que moi à jouer « Y’a de la joie » et qui me déconcentre parce que j’ai entendu couiner un accord. Ni le club de tambours du Bronx qui m’inspire irrésistiblement la question suivante : « Est-ce que le mec qui a décidé d’importer de la musique industrielle dans la Creuse n’avait pas au fond pour projet de relancer l’économie de son territoire en attirant des investisseurs étrangers prêts à implanter un bout de leur activité industrielle ? »

Ce n’est pas non plus les charmantes twirleuses et leurs non moins charmantes amies cheerleaders qui égaient pourtant parfaitement les chemins les plus sinueux.

Et désolé pour l’association des aînées du village qui a eu l’idée géniale de déguiser ses membres en danseuses africaines ou en costumes bariolés qui me faisaient craindre une tentative imminente de (WTF) Harlem Shake…

Moi, Daddy The Beat, ce qui me réchauffe le cœur, ce sont les mioches sur le bord de la route qui te tendent un gobelet – dont d’ailleurs tu vas leur renverser la moitié dessus – ou la main juste pour que tu la « checkes ».

Je ne loupe jamais la moindre main tendu et suis prêt à faire des demi-tours pour saisir ce supplément d’énergie. Chaque frimousse m’émerveille, chaque sourire me fait passer la douleur ou le découragement. Leur regard impressionné par les piètres grands athlètes que nous sommes me donne envie de repousser mes limites de plusieurs centaines de mètres encore.

Même le sale môme qui retire sa main au dernier moment pour amuser la compagnie m’émeut, tout comme celui qui boude dans un coin parce qu’il vient de se faire rouspéter par ses parents.

Le jour de la fête des pères, alors que je me débattais avec un 27ème kilomètre, j’ai reçu un message vidéo de mon fils qui me souhaitait ma fête et m’envoyait un bisou-courage pour la course. Je l’ai regardé en boucle et me suis souvenu que moi aussi j’avais été cet enfant qui avait les yeux éblouis par les exploits sportifs de son père.

J’ai aussi pensé à ma mère qui nous a quittés il y a tout juste un an et pour qui j’avais décidé de courir cette épreuve en particulier. Elle m’a porté dans les trois derniers kilomètres.

Maman, je suis toujours cet enfant qui t’aime et voudrait pouvoir encore courir te le dire.