Vers le bois

citadelle

Escorté par les papillons, slaloms et pas chassés au cœur du bois, je me vois voltigeant de nénuphars en nénuphars, m’accrochant parfois aux branches du gros chêne qui borde le lac.

J’accélère comme les battements dans mon écorce, me hâte tel un enfant qui repère de l’autre côté du sentier une cabane juchée sur un vieil arbre blessé.

Un signe de la main aux péniches, je me sens dopé par les sourires que je croise tout au long du chemin de halage. Et je me concentre sur mon souffle sans savoir vraiment quel effort est capable d’endurer mon vieux corps.

J’oublie la souffrance que m’inflige le vent, lui qui semble pénétrer mes artères, et je le fuis jusqu’au refuge d’un muret sur lequel reposent des fleurs d’églantiers. Je tente aussi d’oublier le sablier malgré le ciel et la tension qui jaillit dans les muscles.

J’immortalise d’un regard l’horizon que la ville n’a pas encore étouffé. Je pense à mes enfants, à mes fantômes chantant et à l’amour, mon trésor le plus tentant.

Juste un peu d’eau glacée et j’embrasse la monotonie, belle et cynique alliée. Je m’engouffre dans la citadelle, exulte et file encore. La machine assouvit à merveille le désir de solitude et d’immensité. L’esprit lutte contre l’habitude et les distances qui se réduisent irrémédiablement. Il me faut changer de trajectoire pour mieux me perdre ou me retrouver.

Je traverse ainsi la lumière et l’ombre, enveloppé par l’odeur du soir en été, délivré des nécessités mais avec mes pensées qui se brouillent avec les âmes. Les souvenirs se réveillent, se succèdent, s’entrechoquent, le goût qu’ils laissent n’altère pas ma foulée.

Puis, quand tout se disloque dans ma tête, j’écoute avec attention le craquement du gravillon et des petites branches sous mes pieds, au moment même où une pluie fine semble libérer les endorphines en frôlant ma nuque. Le bonheur de se sentir être.

Sur la passerelle j’admire la danse prétendument synchronisée de mes congénères, soldats plus ou moins disciplinés et aux pas spasmodiques. L’harmonie glauque ne m’importune aucunement, j’y prends part avec joie même.

La grande mécanique qui s’exécute là a l’air d’occulter notre humanité. En réalité, je sais qu’elle est le berceau où nait notre créativité. Les idées ricochent dans le lac, les cœurs battent, les corps s’expriment.

Et moi je respire.

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6 réflexions sur “Vers le bois

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