Des Running militaires

Avec la fin du service militaire il y a plus de 10 ans, c’est toute une partie de l’industrie de la chaussure qui a souffert en France.

En effet, tous les appelés des contingents avaient la chance de posséder dans leur paquetage au moins une paire de running, notamment pendant la période de formation qu’on appelait les classes. Des chaussures qui se mariaient parfaitement avec le bleu électrique des survêtements également fournis et qui boulochent peu malgré l’usure du temps. Demandez à Madame qui a l’habitude de vous les emprunter pour les soirées d’hiver au coin du feu. Elle ne s’y trompe pas.

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J’ai tué mon chirurgien

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Vous ne le savez peut-être pas les amis, mais il fallait que je règle un vieux problème de ménisque, blessure contractée lors d’un match de foot l’an dernier.

Je me suis donc rendu gaiement chez mon petit chirurgien, celui qui m’a déjà opéré pour quelques coquetteries que je me garde de vous dévoiler, afin qu’il procède à une ablation par arthroscopie de mon petit disque articulaire fissuré.

Lors de notre entretien précédant l’intervention, nous avions convenu de la pose d’une énième prothèse bionique me permettant de courir plus vite et surtout d’une indisponibilité de 6 semaines, ce qui me semblait raisonnable.

J’ai donc demandé à être confié aux bras de Morphée pendant que le Docteur Delajoux me charcutait avec ses doigts de fée.

Malgré un réveil pénible, je m’efforçais de montrer que j’étais assez en forme pour que l’on me transfère vite dans ma chambre VIP où m’attendait un remarquable déjeuner concocté amoureusement par le chef réputé Saupiquet.

Puis j’ai profité de la journée, riche en visites des grands de ce monde (Papy The Beat et Madame The Beat), lectures à caractère existentiel (L’Équipe), coups de fil de la plus haute importance (Junior The Beat qui refuse d’aller à l’école) ou consultation d’un kiné qui avait l’idée saugrenue de me faire marcher et de commencer à re-muscler mon quadriceps et mon mollet.

Une journée qui file aussi vite que Ben Johnson sous anabolisants.

Enfin, vint le tour du chirurgien, harassé par les opérations qu’il avait enchaînées entre sa partie de golf, sa séance de ciné et son repas peut-être bien arrosé. Affirmant d’abord qu’il était particulièrement content de lui, il m’a ensuite annoncé qu’il avait préféré me retirer une partie de mon ménisque et de suturer un autre bout abîmé sur lequel aurait craché même un chien affamé. Décision prise alors que je roupillais mais qui présente l’avantage de repousser à plus tard l’arthrose (et d’alourdir la facture sans doute).

J’osais tout de même un :

—   Ça reste 6 semaines sans sport ?

Et là, je me suis senti tel Rhett Butler qui apprend que le cœur de la belle Scarlett O’Hara ne bat que pour Ashley Wilkes. Réponse qui me fit froid dans le dos :

—   non, 4 mois.

—   Une plaisanterie ?

—   Non.

—   Un peu de vélo à vide quand même ?

—   En principe non pour être sûr que la suture tienne. De toute façon on se revoit dans quelques semaines.

Oubliant la douleur et la perfusion de sodium, je bondis de mon lit et me jetai sur l’impudent :

—   On ne trahit pas impunément un Runneur

Avec cette béquille je t’arrache le cœur, Docteur !

 

[Merci pour votre soutien, en particulier celui des twittos]

Funky ou Junkie ?

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Magazines, sites web, e-commerce, blogs, réseaux sociaux, applications pour Smartphones, discussions entre collègues puis séances le midi avec les collègues, rayons qui cartonnent dans les magasins de sports, compétitions, … Je ne sais plus trop si c’est mon obsession ou si le Running est devenu ces derniers mois une mode ou un sujet de société à part entière.

Néanmoins, moi qui cours depuis belle lurette et qui suis un peu intégriste en la matière, j’observe qu’il y a de plus en plus de monde sur les chemins que je sillonne et que désormais il m’arrive fréquemment de croiser d’autres coureurs tard dans les ruelles sombres inondées par la pluie.

Je ne suis donc pas très étonné que différents médias traitent le sujet et que ce soit systématiquement sous l’angle réducteur, caricatural et sensationnel de l’addiction. Ne soyons pas naïfs et n’attendons rien des médias. Et d’ailleurs, moi-même, j’ai un à-priori pour le twirling-bâton et la pêche à l’anglaise en eau douce…

Justement, je pense qu’il convient d’être assez humble par rapport à la question de l’addiction. Tout comme je refuse les raccourcis sur la nature exacte de ma pratique de la course à pied, je ne veux pas non plus être catégorique. Même si le Running n’est qu’une simple passion, rien ne l’empêche d’être parfois débordante et de poser au moins autant de problème que l’addiction elle-même.

J’ai mon lot de tares, de soucis, de frustrations, tant pis pour ceux qui croiraient que la seule course à pied conviendrait à les soigner ou à compenser.

J’ai l’impression qu’il y avait moins de psychologues il y a trente ans pour analyser pourquoi Kéké laissait Bobonne avec les gosses pour passer toutes ses soirées au football. Mais bref, dans la nature humaine, si on cherche des problèmes, on est à peu près sûr de toujours en trouver.

On a construit un monde où tout est toujours plus réglementé, plus cadré et où l’insécurité affective ou professionnelle est chaque jour plus pesante (beau poncif). Est-ce grave de vouloir consacrer un peu de temps dans la journée à s’aérer ?
Après tout, nous ne sommes peut-être que des rapides bipèdes, et si nous sortons prendre l’air c’est peut-être davantage un réflexe qu’un refuge.

Il est là le phénomène de société, non ? De plus en plus de gens retrouveraient la pulsion de faire aller leurs petites jambes en pleine nature. Comme des enfants.

Je me contrefous que le Running puisse être une mode et j’accepte volontiers de courir en collectif si c’est juste pour partager un moment agréable avec mes congénères.

Chers journalistes : pensez-vous que les drogués de la course à pied surgissent maintenant que vous daignez vous intéresser à la discipline ?

Amis psychologues, pourquoi ne suivriez-vous pas vous-mêmes une thérapie pour savoir pourquoi vous voulez à tout prix marginaliser les coureurs ?

Gardiens de la société parfaite et cadrée, laissez-nous avec nos névroses, nos psychoses, nos imperfections et nos contradictions. Moi, je cours pour me sentir libre, alors je ne pense pas pouvoir être un addict.

Sujet inspiré par cet excellent billet

Mon premier Baby Marathon

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Quelques semaines après avoir fêté ses 4 ans et réussi ses premiers coups de pédales en autonomie, Junior The Beat a de l’énergie à revendre et il est temps de lui trouver des activités qui l’épanouiront. Ne serait-ce que pour qu’il continue à apprendre la vie sociale, que la maîtresse ne m’alpague pas parce qu’il aura organisé des paris sur des duels au sprint avec des adversaires naïfs de petite section dans la cour de récré, et pour qu’il soit plus facile à coucher le soir.

Je n’ai pas cherché de club d’athlétisme car je le trouve un peu jeune ; je souhaite tempérer sa grande confiance en lui-même – « C’est qui le Monsieur en jaune ? », « C’est Usain, l’homme qui court le plus vite au monde », « Ben non, c’est moi. » – et le préserver aussi longtemps que possible de la jungle dans laquelle il faut nécessairement être le premier. Il veut déjà être le premier et la moindre défaite constitue une tragédie que câlins, bisous ou autres bonbons n’apaisent pas.

Je l’ai donc inscrit au foot, sport collectif, ludique et il aime ça à priori.

Néanmoins, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de l’inscrire à des épreuves de course à pied festives et sans classement. Justement, le semi-marathon de Lille se clôturait par un Baby marathon d’1km, ouvert aux enfants de tout âge, rue de Paris, de l’Opéra à la Porte de Paris.

La proposition lui a été faite deux jours avant, il l’a acceptée et a préparé soigneusement ses plus belles baskets – des Flash McQueen – de course, au drop quasi neutre, ainsi que son t-shirt préféré, celui des Rolling Stones, évidemment.

Ma course terminée, je l’ai rejoint péniblement au départ, en constatant au passage, que les badauds se foutent effectivement pas mal de l’épreuve sportive qui n’est, selon moi, qu’une animation dans le cadre de la braderie que tout le monde connait.

Quelques explications pour rappeler à Junior le déroulement de la course et des recommandations pour éviter les bobos. Je lui ai aussi précisé, comme c’était prévu en principe, que je restais en retrait avec les autres parents et qu’on se retrouvait à l’arrivée.

Puis PAN ! Le départ donné, j’ai vu Junior foncer comme une balle, slalomant entre une flopée de néo-bipèdes, évitant les adultes qui n’avaient pas voulu rester derrière. C’était la GUERRE ! J’ai vu des parents bousculer des enfants pour saisir les leurs et leur faire gagner quelques dizaines de mètres. J’en ai vu d’autres qui tendaient des gourdes suspectes à leurs mioches qui repartaient comme s’ils avaient sifflé la potion magique. J’en ai vu aussi qui posaient des pièges à loup et lâchaient des peaux de banane. L’idée de doubler tout le monde pour arracher la victoire et m’offrir la gloire m’a quand même effleuré, mais je me suis souvenu qu’il fallait veiller sur Junior et ses 1m06 qui avaient peut-être été écrasés dans la bataille.

Zigzaguant à mon tour, j’ai repéré ma progéniture qui semblait faiblir. Il était parti trop vite et réalisait qu’il serait difficile de battre son RP (record personnel). On s’est donné la main et on a couru plus lentement, on a marché, puis il m’a lâché, revigoré par un soupçon d’égo et quelques encouragements bienvenus.

Je le voyais là, les baskets qui claquaient sur l’asphalte, les poings serrés vers le ciel, le souffle presque coupé mais heureux de courir. Comme un enfant qu’il est.

La ligne d’arrivée passée, il a récupéré sa récompense (chers organisateurs, mettez des médailles !) excité de faire le récit de sa course à ses parents qui n’en avaient pas loupé une miette. Et il a fallu deux minutes, peut-être trois, pour qu’il réclame la prochaine.

Ben ouais !

Semi-marathon de Lille : j’ai pas gagné

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Illusion d’accessibilité à la course longue distance où finalement on peut se retrouver à courir en étant dans le rouge du début à la fin, le semi-marathon m’enthousiasme comme les mains du kinésithérapeute prêtes à compresser un muscle meurtri.

Pourtant je n’ai pas résisté et je me suis inscrit pour la deuxième fois au semi-marathon de Lille qui donne le départ de la grande braderie chère au 13h de Jean-Pierre Pernaut qui nous présente toujours le même monticule de coquilles de mollusques devant le même restaurant…

Pas d’objectif particulier, si ce n’est essayer de tenir pourquoi pas une allure de 4’45’’/km sans avoir pris la peine de calculer ce que cela signifiait au chrono final. J’avais chaussé mes Kalenji Kiprun Comp, shoes légères (205g), nerveuses, dotées d’un amorti suffisant au niveau du talon et relativement bon marché (80 euros).

Après avoir salué quelques connaissances ou visages familiers croisés dans d’autres courses, j’ai d’abord essayé de me faufiler parmi mes copains Kenyans et Éthiopiens sur la ligne de départ. Étrangement, la sécurité a jugé que je n’avais pas la dégaine pour être un des leurs. J’écrirai à l’organisation pour dénoncer cette discrimination. Puis, j’ai repéré l’ami Samuel, parfois partenaire d’entraînement, posté juste devant @Running_Stef que je rencontrais par hasard pour la première fois alors qu’on échange régulièrement sur Twitter. Je lui ai d’ailleurs proposé d’être mon lièvre mais nous ne nous sommes pas entendus sur la contrepartie financière.

Qu’importe, les hostilités enfin lancées, il fallait se frayer un chemin parmi les coureurs très lents qui prennent toujours un malin plaisir à se positionner devant les athlètes de mon espèce. J’ai mis du rythme, histoire de ne pas trop me fatiguer à piétiner. 4’43’’ le premier kilomètre, 3’59’’ le deuxième (WTF), j’ai trouvé une allure qui me convenait entre le 3e et le 4e kilomètre (4’17’’ environ). J’ambitionnais de tenir sur cette moyenne jusqu’à la mi-course pour contrôler une descente progressive jusqu’à 4’45’’.

Étant donné que je continuais à dépasser des coureurs et que les jambes avaient décidé de coopérer, j’ai maintenu l’allure kilomètre après kilomètre, en prenant soin d’accélérer après les ravitaillements que je passais au ralenti pour bien m’hydrater. J’ai commencé à décompter le temps vers le KM16 et j’aspirais à entrer vers la citadelle, décor moins monotone que les boulevards de la Liberté et Vauban ou rues d’Isly et de La Bassée.

J’ai réalisé que le parcours devenait plus agréable au moment où les jambes commençaient à coincer et le mental à décliner. Les allées situées au-delà des remparts, semblaient moins roulantes qu’à l’entraînement. Justement, malgré la prime promise, les vainqueurs n’ont pas battu le record de l’épreuve. De mon côté, je maintenais encore 4’18’/km.

Le bout de la rue Nationale atteint, je glisse à moitié aux abords de la Grand Place et entame la dernière ligne droite rue de Paris sans sprinter, sans doubler ni être doublé.

1h31mn et des brouettes : je suis satisfait, n’ayant pas trop de repère sur la distance.

Les points d’intérêt du parcours sont trop rares, selon le sens dans lequel on court, on ne les voit même pas (les Beaux-Arts par exemple). Les spectateurs sont semblables à des bovins qui observent les trains passer à la campagne, voire se montrent hostiles lorsqu’ils ont envie de traverser la voie pour rejoindre une artère de la ville bondée de gens venus profiter des soldes ou manger des kebabs.

Côté animation, on remerciera l’orchestre au niveau de Cormontaigne. Et c’est tout… Finalement, le moment le plus convivial sera les quelques échanges avec les copains dans la zone de ravito post-arrivée. Pour le reste, on a gagné le droit de rentrer avec un t-shirt tout juste digne d’être porté sous une polaire d’entraînement en plein hiver, puis pour ma part de me farcir 45mn de file interminable pour rejoindre l’Opéra où était donné le départ du Baby Marathon auquel participait Junior The Beat. Mais ça, je vous le raconterai plus tard…

Enfin, un petit tour sur une terrasse pour saluer (trop) rapidement une bande de Twittos bien folklos parmi lesquels ClemRunning, Bernard, Jo’Run, Matt , Carole ou l’incroyable et délicieuse Running Sucks et son Boy.

Maintenant, on consulte le calendrier pour savoir sur quelle course s’aligner le week-end prochain et… décrassage !